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mercredi 15 mai 2013

en dormance (revu)



En dormance ?

Casser les cris
Rompre des lances
Et loin très loin
Dans la dormance
Oublieuse du temps des lieux
La communauté du silence
Chevauche vers de nouveaux cieux


Et c’est l’enfance nouvelle née
La communauté de l’enfance
Nouvelle armée menant la danse
Nouvelle graine révélée

Si proche de nous si lointaine
Tout à la fois sacralisée
Bannie déchue vilipendée
L’enfance nue qui revigore

Le vieillard blessé et perclus
De trop de mémoire  en dormance
Et qui se réveille en suçant
Le pouce des  traumas maudits :

Guerre, violence, le froid la nuit
Les cavaliers au noir visage
Massacrant le peuple endormi

Explosion des mémoires qui suintent
Plaie à vif torture contrainte
Tout un chemin semé d’épines
Où la misère a pris racine

Retour à l’enfance bénie
Tant attendue mais illusoire
Les fantômes du souvenir
N’évoquent que l’ombre fanée
Le verre vidé son fond rougi
Où s’est desséchée toute envie

Retour à la case départ
Un train qui crie sans crier gare
Terminus de toute folie
Les mots noyés de désespoir
se sont enfuis se sont enfouis.

Tu as beau creuser dans le noir
Casser l’écrit rompre ses lances
Tu as vécu avec l’espoir
Perdu à jamais connaissance

Retour en humaine dormance
Communauté qui recommence
Sans illusion sans apparence
Mourir demain quelle importance ?

mardi 14 mai 2013

le CHATIMENT, nouvelle noire & fantastique...


Le châtiment







 Le sixième jour de la lune de Novembre, le peintre Janus Baum acheva sa toile ; ou plutôt la signa.

Geste, qui marquait - en effet - le signe d’un total achèvement, d’une finition certaine ; à moins que le lendemain, guidé par une nouvelle inspiration (due peut-être à un sommeil bienfaiteur), il ne se mette à ajouter, supprimer, déplacer une nervure, une racine, une feuille.

Il alla se coucher l’âme tranquille, le tableau recouvert d’un morceau de drap écru et offrant sa secrète richesse à la nuit.

Mais il n’y eut pas de lendemain...

L’artiste s’endormit les mains encore pleines de sensations colorées, de mouvements soyeux, à la poursuite de blancheurs dans l’espace. Ses doigts se mirent à agripper les draps, les chiffonnant, les torturant, draps rejetés hors du cadre, hors du texte, flottant autour du peintre dans un halo goguenard et éreintant, comme une œuvre inachevable. Puis le doux sommeil vint. La surface de la toile était calme, aucune caresse de pinceau ne venait plus effleurer l’espace désormais vierge.

Respiration nocturne, sommeil réparateur et silencieux.



Au matin, autour du tableau dissimulé sous son suaire, on put voir sur le sol des gouttes glauques et blanchâtres, comme des boules de gui, disposées (presque) en couronne, en ronde.



L’inspecteur Eiche qui examina le cadavre du peintre, sans rien lui trouver de remarquable, mises à part des particularités physiques qui n’apporteraient rien à une explication logique (sinon une débauche, voire un déluge de mots inutiles), l’inspecteur Eiche ne put dire, ni écrire dans son rapport ce que venaient faire ces boules, ces perles de gui au milieu de l’atelier de l’artiste assassiné.

On se moqua même de la gêne de l’inspecteur à tenter d’expliquer, de vouloir décrire l’indescriptible : douze boules de gui qui furent expertisées comme telles par un ethno-botaniste du CNRS ; elles provenaient, seraient... tombées, étaient i-i-issues du, du chêne gaulois immense peint sur la toile la veille du meurtre, comme si le peintre livrait là son secret : faire un tableau vivant !

Douze boules de gui, innommable pluie tombée de l’arbre, un chêne ! Absurde ! Loufoque ! Impensable ! Et pourtant...



Douze ans ont passé depuis et je les LES contemple là, assis dans l’atelier que j’ai racheté - sans rien savoir au départ de cette sombre histoire classée par la police.

Les boules sont là, agglutinées dans un bocal Le Parfait, baignant dans le formol. Cette pièce à conviction n’a convaincu personne et le journaliste qui me l’a remise depuis peu, pièce dérobée sans doute aux forces de la Loi (bien mal inspirées lors de cette affaire) m’a affirmé que le tableau appartenait désormais à un héritier de la famille Baum, parti depuis en Australie. Je tiens le bocal transparent comme si son contenu semblait être le mobile du crime. Les boules me fixent quand j’approche le récipient à hauteur de visage, surtout l’une d’elles qui grossit - ou plutôt me semble avoir grossi - depuis ce matin. Je la soupçonne... riche de réponses dans son opaque mutité. Je n’en jurerai pas, mais, au centre de sa rotondité lunaire, je distingue à travers mes pupilles étrécies sous l’effet d’une longue concentration... (Chut ! Nous y voilà ! ...) je vois deux petites lèvres blêmes qui s’écartent  diffi... difficilement. La perle de gui va prononcer ses pre... premières paroles. Je m’en souviens encore puisqu’elles - ces paroles - me font témoigner aujourd’hui, sous le serment, du trouble qui m’accable, et à la fois de la joie qui me conduit à révéler - dans mon journal intime - (ce miroir d’encre douteuse à bien des égards propices aux égarements de ses futurs lecteurs) - à révéler ces paroles issues d’une bouche improbable. Les onze autres blafards, dans un silence de mort, semblent dédaigner cette bavarde, et brisant pour mon malheur la loi du silence ; car, depuis l’affreuse envie qui me fouaille de vouloir expurger la vérité - quelle qu’elle soit - sur cette mort mystérieuse et violente, mon état de santé s’est brutalement aggravé. La preuve : j’écris couché, le bocal contre ma joue gauche, ma main droite alignant des lettres qui s’affolent comme si le temps allait me manquer - se dérober entre mes doigts fébriles.



Je me mets à rêver de la Forêt Noire, plume levée, forêt de sapins sans fleurs, sans gui et sans couronne. Pourquoi donc ces douze boules assemblées, cette ronde infernale ? Est-ce le bocal, ou, ma tête ? Le tourbillon des hypothèses me fait vaciller. Je n’aurai pas dû me redresser sur ma couche pour contempler la nuit de Novembre. Nous sommes la sixième nuit de Novembre ; il est quatre heures quarante précises et je ne connais toujours pas le nom de l’assassin.

Le message que m’avait confié la perle blanche (la plus grosse) consistait à exposer le bocal sur le balcon nord de l’atelier, cette nuit-là précisément. Je, j’essaie de me relever. Avec précaution, j’ouvre la fenêtre coulissante, poissant la vitre de ma main moite. Les pages de mon cahier intime, agitées par le flux d’air nocturne, se froissent dans une ultime colère. »



Une immense déflagration s’entendit à la ronde. Dix minutes plus tard, les ambulanciers, appelés par une voix anonyme, décrivirent à la presse, entre deux claquements de portière, le drame dont ils venaient d’être les tardifs témoins : « Un inconnu (sous fausse identité, d’après l’enquête diligente de la police) gisait sur le balcon, la tempe gauche horriblement lacérée par des éclats de verre. »

Le bocal aurait explosé, laissant comme seul indice une boule de gui qui obstruait l’oreille gauche du cadavre mutilé. Les caillots de sang sur la tempe conglomérèrent sous la lune jaunâtre et d’un coup, le ciel s’obscurcit, un nuage éteignit la lune, comme si le bras d’un druide invisible et vengeur venait à l’instant de faucher l’immense champ d’étoiles...


Avis de vent




Avis de vent et d’aventure
La vie devant au souffle brut
La vie pourtant qui vous percute
Aux vitrines et aux devantures

Avis d’aventures et de vents
A vous mettre la tête à l’envers
La vie l’averse à tout moment
La vie qui vous joue ses grand airs

Musique de joie de misère
La vie qui s’en va et vous laisse
Abandonné parmi la terre
La vie passée adieu promesse

La vie l’averse renversée
Sur la chaussée sur le trottoir
Pluie de bonheur ou pluie de blé
Caniveaux pour seul reposoir

Avis de vent et d’aventure
La douleur qui vous persécute
Et vous étrangle à la ceinture
Boxeur sonné par l’uppercut

La vie vous prend et vous caresse
Elle vous saisit par le collier
Sans vous ménager la bougresse
Vous veut soumis pieds et poings liés

Avis de vent et puis d’orage
Les parapluies sont débordés
La misère veut quitter sa cage
Mais tout dehors est saccagé

Alors bondir loin des rasoirs
Qui vous saignent sans artifice
Plonger vers un ciel plein d’espoir
Combattre tous les sacrifices

Etrangler la misère de vivre
Les rats qui vous rongent la tête
Conquérir la joie toujours ivre
De rêves de vins et de fêtes

Avis de vent et d’aventure
La liberté comme un drapeau
Brandie tel un poing une armure
Elle est votre nouvelle peau

Avis de vent et d’aventure
Signe de printemps d’ouverture
Jamais de jour de fermeture
Plaisirs de vivre et confitures
Plaisirs de vivre et confitures

nouvelle cocasse, théâtre...



DIVINE ORDONNANCE
Dialogue entre un médecin & son patient : mars 2013, dans un cabinet de Vitré.
-          Je souffre Docteur, je souffre et il n’est pas un jour où la douleur ne m’accable ! Que faire, que faire, moi qui ne bois pourtant que de l’eau, me couche tôt, et ne fais que faire attention… à tout ? Je ne veux pas de médicaments non plus ! Je ne sais plus à quel saint me vouer, ni vers qui me tourner !
Le médecin, hochant peu à peu la tête, puis mortifié.
-         Mais mon pauvre petit malheureux, votre problème est justement là ! Je diagnostique chez vous ce manque d’appétence, fort commun au demeurant, à nombre de nos concitoyens ! L’envie de vivre vous a quitté ! Et vous avez sans doute oublié notre bonne mère Nature ! Vous voilà fort mal enseigné ! Qui vous a guidé dans ce choix de préceptes mortifères ? Tudieu ! Qu’entends-je là ? Il est grand temps que je vous prescrive un traitement de choc !
-         Un traitement de choc ? Mais j’ai peur, Docteur, j’ai peur ?
-         Peur de mourir, assurément ! Vous voilà bien mal embarqué avec cette vie de renoncement total ! Vous ne m’avez parlé, remarquez-le, qu’avec des tournures de phrases négatives, voire restrictives ! C’est là que gît le mal ! Quand on s’exprime ainsi, plus de volontarisme, plus d’envie, plus de joie ! La mort, assurément !
-         Je vous crois Docteur, je vous crois ! Dites-moi ce que je dois faire ! J’ai pourtant lu bien des journaux, bien des revues, écouté les émissions de télévision sur la santé, la prévention, la prudence…
-         Stop ! Je vous en prie ! Je vais vous rédiger, ou plutôt, nous allons rédiger ensemble une ordonnance. Posez-moi des questions précises et j’y répondrai séance tenante, par une solution efficace, et de mon cru. Allez, commencez, n’ayez crainte. Vous êtes en ces lieux (grand geste de la main, très docte) entre les mains d’Hippocrate !
-         Merci, Docteur, merci…
Le patient, hésitant, se grattant la tête, cherchant ses mots, avec lenteur…
-         Docteur, ma vie… est… un… échec !
-         Alors, je prescris (tout en écrivant) un blanc sec ! Un verre à jeun tous les matins !
-         A peine sorti de mon lit ?
(Etonné, surpris, courroucé)
-         Oui, un Muscadet sur Lie !
(Hochements de tête dubitatifs)
-         Docteur, après mon petit déjeuner, je me rends à mon établi…
-         Ce sera donc, un grand verre de petit Chablis !
-         Pourquoi petit ?
-         Parce que l’inverse, un petit verre de grand Chablis, tous les jours, cela va grever votre budget !
-         Oh, vous savez, j’ai tout de même les moyens !
-         Pas ceux de vivre longtemps, croyez-moi, avec la vie actuelle que vous menez !
-         Ah, bon, très bien. (Un peu rassuré). A midi, je déjeune en compagnie…
-         Alors là, Saumur Champigny ! Obligatoire, mon cher ami !
-         Et avec le fromage ?
-         Un petit verre d’Hermitage ?
-         Et pour retrouver la niaque ?
-         Pardi ! Un plein verre de Cognac !
-         Comme vous y allez !
-         C’est parce que votre cas est grave, justement !
-         J’ai l’habitude de faire la sieste, pour mieux digérer.
-         Pas question malheureux ! Allez donc plutôt jouer aux boules, en dégustant un Côtes de Toul !
-         Avec vous, il faut donc boire du vin ?
-         Evidemment, sinon c’est l’enfer assuré ! Croyez-moi !
-         Donc, si je gagne aux boules, pour fêter la victoire… ?
-         Un vin de Loire !
-         Et en cas de défaite ?
-         Une Clairette !
-         Je vais ensuite au jardin. D’habitude, c’étaient trois grands verres d’eau…
-         Maintenant, ce sera du Bordeaux ! Gardez l’eau pour arroser les salades, ou faites-le à la limonade !
-         Mon jardin, j’en suis très fier, j’en serai même bouffi d’orgueil !
-         Contre l’orgueil, une solution : c’est Bourgueil, ou Saint-Emilion !
-         Mais vous avez réponse à tout !
-         C’est mon métier, le croyez-vous ?
-         Bien sûr, bien sûr…
Toussotant, gêné, sur sa chaise…
-         Docteur, pour les parties de jambe en l’air, elles sont rares je n’y crois plus guère…ça me chagrine…
-         Château Chasse-Spleen !
-         Et pour l’affaire ?
-         Château Bel Air !
-         Après l’amour ?
-         Château Giscours !
Changeant de registre
-         Contre la pluie ?
-         Un bon Brouilly !
-         Et contre la, excusez-moi… connerie ?
-         Quelques verres de Fleurie !
-         Nous voilà donc aux Beaujolais…
-         Oui, tous les vins de France suffisent à soigner votre maladie. Vous voyez, votre cas n’était pas si compliqué ! Voilà votre ordonnance. Rendez-vous immédiatement chez le caviste du coin, c’est un pharmacien hors pair !
-         Merci Docteur, je vous dois combien ?
-         Pour la consultation ?
-         Oui.
-         Trois bouteilles de Haut-Brion ! Rapportez les moi à la prochaine occasion !
-         Et je ne serai plus souffrant ?
-         Promis ! N’oubliez pas le Frontignan ! Buvez sain, et surtout pas d’abus d’excès !
-         J’y veillerai, Docteur, j’y veillerai.

Il sort, très satisfait, serrant l’ordonnance sur son cœur, puis l’embrassant à pleine bouche, tête renversée, comme s’il buvait.